Ce n’est pas la première fois que des élections régionales allemandes modifient le cours de la politique fédérale. Après la cuisante défaite du SPD dans son bastion de la Rhénanie du Nord – Westphalie en mai 2005, Gerhard Schröder avait dissout le Bundestag. Il avait ainsi ouvert la porte de la chancellerie à Angela Merkel qu’elle occupa durant près de seize années. Pourtant, les scrutins de ces dernières semaines ne sont pas comme les autres. Ils resteront en mémoire, car ils ont d’ores et déjà écrit l’histoire d’un pays qui va politiquement mal.
S’il ne fallait retenir qu’une seule leçon des résultats enregistrés respectivement en Saxe-Anhalt, dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale et à Berlin, celle-ci irait de soi : en l’espace d’une quinzaine de jours, des millions d’électeurs ont sonné le glas d’un système instauré en 1949, à savoir celui des « Volksparteien », c’est-à-dire des grands partis populaires que furent la CDU/CSU et le SPD. Garants depuis plus de 75 années de la démocratie allemande, ils ne sont aujourd’hui plus que l’ombre d’eux-mêmes. Dorénavant, ils ne représentent au mieux que 35% de l’électorat, alors qu’ils réunissaient le double du corps électoral en 2005. Depuis lors, à l’exception des années 2009-2013 et 2021-2025, ils ont gouverné ensemble le pays au sein d’une « Grande Coalition », dont les citoyens allemands ne veulent plus. Ils n’offrent plus la moindre perspective de renouveau politique et incarnent, à eux deux, une crise de légitimité à laquelle une RFA, insuffisamment préparée, doit désormais faire face. À la fois acteurs et victimes d’une faille systémique du régime, les chrétiens- et les sociaux-démocrates payent au prix fort l’échec d’un bipartisme naguère triomphant, sur lequel la République fédérale s’est trop longtemps reposée.
Aujourd’hui, la politique intérieure de la RFA vacille. L’un de ses piliers s’est ébranlé en l’espace de quelques semaines, faute ne pas avoir compris qu’un volet majeur du consensus à l’allemande avait atteint ses limites. En se concentrant à l’excès sur leur alliance, la CDU/CSU et le SPD ont ouvert des espaces de radicalité, dont l’AFD est la plus grande bénéficiaire. Le « bloc central » made in RFA a échoué, parce qu’il a enterré le débat d’idées entre une gauche et une droite responsables. Pour avoir joué avec le feu, les Volksparteien s’y sont non seulement brûlé les ailes, mais ont aussi embrasé un système réputé jusqu’alors, pour sa flexibilité et son sens du compromis. Depuis ce mois de septembre 2026, tout cela semble avoir volé en éclats.
Néanmoins, d’autres leçons s’imposent. Et, elles ne sont guère réjouissantes. À quelques jours du 36e anniversaire de l’unification allemande du 3 octobre 1990, nul ne peut plus se voiler la face : l’Allemagne réunifiée est plus que jamais divisée entre l’Est et l’Ouest ; même si l’AFD est également bel et bien présente dans les anciens Länder et que la feue RDA ne soit pas sous sa seule emprise. Mais, les chiffres parlent d’eux-mêmes et ne laissent guère de place à l’interprétation. À l’exemple du Mecklembourg-Poméranie Occidentale et plus encore de celui de la Saxe-Anhalt, l’extrême droite est la principale force politique à l’Est. Cela concerne même Berlin-Est, où l’AFD a enregistré ses meilleurs résultats dans les quartiers qui autrefois devaient témoigner de la splendeur du socialisme réellement existant. Ainsi, à Marzahn-Hellersdorf, un arrondissement ouvrier aux bâtisses uniformes, l’extrême droite dépasse les 45% des voix. Par conséquent, l’Allemagne de 2027 se présente sous les traits d’un pays qui, malgré les transferts monétaires d’environ deux billions d’euros de l’Ouest vers l’Est, n’a pas réussi à surmonter sa division.
Ce constat est non seulement amer, mais aussi fort révoltant. Révoltant d’abord pour les Allemands de l’Ouest qui, en toute légitimité, pourraient tôt ou tard mettre quelques menaces à exécution, à savoir refuser de verser des subventions dans le cadre de la péréquation financière entre les Länder. Révoltant ensuite, car les efforts de démocratisation et plus encore de l’enseignement politique n’ont pas pris racine à l’Est. Les dits « nouveaux Länder demeurent des régions agricoles, petites bourgeoises, en décroissance démographique, donc peu urbaines et très perméables aux propagandes réactionnaires et xénophobes. De surcroît de tradition luthérienne, et non de celle du protestantisme de Calvin, elles sont influencées par l’esprit de soumission à la hiérarchie et par un sens aigu de l’obéissance. D’ailleurs, c’est sur leur territoire que le NSDAP, le parti d’Hitler, avait obtenu des scores souvent largement supérieurs à ceux enregistrés dans le reste de l’Allemagne, Berlin y compris.
La capitale fédérale fait une fois de plus exception à la règle. La Linke est en passe de ravir la mairie et de remporter le plus grand succès de son histoire. Sa victoire ne doit rien au hasard. Dans une ville confrontée entre autres à d’énormes problèmes de logement, elle a largement profité de la défaillance conjointe des chrétiens- et des sociaux-démocrates – on y revient – et a parfaitement su incarner le besoin d’un changement démocratique. Toutefois, la Linke de 2026 n’a plus grand-chose à voir avec le PDS, soit le Parti du Socialisme démocratique, héritier de la RDA. Ses dirigeants d’antan, à l’image du légendaire Gregor Gysi, ont cédé la place à de nouveaux leaders, souvent des femmes jeunes et originaires de l’Allemagne de l’Ouest. Sa candidate Elif Eralp en est d’ailleurs le meilleur exemple.
En fin de compte, comme d’autre pays européens, notamment la France, l’Allemagne de 2027 est traversée par deux courants antinomiques. Une gauche, hors SPD, de plus en plus radicale et une droite, hors CDU/CSU, de plus en plus extrémiste. Cette a-normalité européenne s’inscrit dans un vaste mouvement de plaques tectoniques politiques, surtout au profit d’une extrême droite qui, dans un élan parallèle et commun, plaide, en toute russophilie, pour la disparition de l’Union européenne, voulue à la fois par Marine Le Pen et Alice Weidel.
Kurz und kräftig. Die wöchentliche Dosis Aussenpolitik von foraus, der SGA und Caritas. Heute stehen die sogenannten «Killerroboter» im Fokus. Wer trägt die Verantwortung, wenn Maschinen selbst ihre Ziele auswählen? Nr. 512 | 20.10.2026
Der Überblick zur schweizerischen Aussenpolitik entlang ihrer zentralen Gebiete. Online nachgeführt und aufdatiert. Neue Beiträge von Joëlle Kuntz (La neutralité, le monument aux Suisses jamais morts) und Markus Mugglin (Schweiz – Europäische Union: Eine Chronologie der Verhandlungen) sowie von Martin Dahinden und Peter Hug (Sicherheitspolitik der Schweiz neu denken - aber wie?). Zum Inhalt.
Das Verhältnis der Schweiz zur Europäischen Union ist der Fluchtpunkt der aussenpolitischen Auseinandersetzungen im Lande. Bis zur Abstimmung über die neuen Verträge (“Bilaterale III”) präsentieren wir unsere Beiträge, die offiziellen Texte, ausgewählte Positionsbezüge von Parteien und anderen Akteuren sowie eine Chronologie gebündelt auf einer Seite (hier klicken).