La Suisse s’en est émue : le gouvernement français par la voix d’Éléonore Caroit, à savoir par celle de sa Ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger – excusez du peu ! – a vertement critiqué les autorités helvétiques pour avoir protesté contre les coûts élevés de plusieurs millions occasionnés par la tenue du Sommet de G 7 à Évian. Comble du paradoxe, cette avocate de formation et pur produit du macronisme déclinant possède aussi la nationalité helvétique. Remise en place par la Conseillère d’État genevoise, la socialiste Anne Kast, elle avait sous-estimé la portée de ses déclarations qui, au-delà des rives lémaniques, ont profondément déplu dans toute la Romandie. Toutefois, cette altercation épisodique ne restera pas en mémoire. Elle n’en vaut pas la peine et ne défrayera aucune brouille à long terme entre les deux pays. Ceux-ci passeront rapidement à autre chose et ces quelques reproches mutuels seront bien vite oubliés d’ici quelques semaines.
Alors, pourquoi avoir pris la plume pour en parler ? Non pour remplir, en cet été caniculaire, les espaces éditoriaux du site de l’Association suisse de politique étrangère. Mais pour illustrer le dilemme d’une politique étrangère française prise dans les contradictions d’une France qui va mal. À l’image d’Éléonore Caroit, celle-ci adresse des reproches à autrui pour mieux masquer ses nombreux déficits. À neuf mois d’une présidentielle de tous les dangers, « la Grande Nation » préfère le nationalisme à sa grandeur. Elle se croit toujours maître des horloges, oubliant que les aiguilles de sa propre montre ne tournent plus rond.
Tel celui d’un Usbek et d’un Rica dans leurs Lettres Persanes, le regard d’un observateur étranger se dirige aujourd’hui en direction d’une société qui n’a plus confiance en elle-même. La pluralité démocratique se morfond dans l’acceptation des extrêmes, alors que leur principale raison d’être réside dans le refus de cette même pluralité. Au-delà d’une élection à hauts risques, c’est une crise politique majeure qui se profile à l’horizon. L’extrême droite aura réussi ce qu’elle a toujours voulu entreprendre : miner le système de l’intérieur. La France a eu de Gaulle, Mitterrand et Chirac ; en 2027, elle pourrait avoir Le Pen. « C’est grave docteur ? ». Non, c’est très grave !
Le diagnostic ne laisse plus planer le moindre doute : la victoire de l’extrême droite est plausible parce que la France a oublié ce qui fait sa force. Confrontée à une faiblesse que beaucoup de Français refusent de reconnaître, elle est gangrénée par un discours du « y a qu’à faut qu’on ». Son contenu se décline au mode d’un passé composé de nostalgies, d’honneurs perdus, mais aussi de caricatures racistes et xénophobes, de comportements individualistes et corporatistes de même que de localismes ou autres symptômes malfaisants de l’idéologie de la proximité. En contradiction parfaite avec les principes et l’esprit de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et du citoyen qu’elle avait elle-même proclamée dès 1789, la République française renoue avec ses vieux démons qu’elle pensait avoir enterrés après la défaite du pétainisme.
Phénix renaissant de ses cendres, l’extrême droite n’a pourtant jamais cessé d’exister. Dès 1965, lors de la candidature de Jean-Louis Tixier Vignancour à la première élection présidentielle de la Ve République, mais plus encore depuis 1983 où, à l’occasion d’une élection municipale partielle à Dreux, elle avait bénéficié du désistement de la droite classique. Toutefois, cette dernière n’a, jusqu’à présent, jamais osé franchir le Rubicon. Jacques Chirac fut toujours l’un de ses plus irréductibles adversaires et son engagement démocratique demeure exemplaire à plus d’un titre. Mais la France du gaullisme ou de ce qu’il en reste n’existe plus. À l’image d’autres sociétés occidentales, elle veut faire table rase avec son passé, sans réellement se soucier de son propre avenir. Ayant trop rapidement cédé aux « Gilets Jaunes » en 2018, elle est tombée dans une vague de dégagisme, dont le Rassemblement national de Marine Le Pen a su parfaitement tirer les marrons du feu. Celui-ci compte désormais sur l’appui de quelques personnalités issues d’une droite de plus en plus réactionnaire, à l’exemple d’Éric Cioti, l’ancien numéro un du parti sarkoziste « Les Républicains », qui en mars dernier a remporté la mairie de Nice en faisant alliance avec le RN local.
En position de force, les lepénistes récoltent les fruits de leur ancrage et de leur travail de sape auxquels leurs principaux adversaires n’ont pas su prêter attention. Ses succès ne sont pas le fruit du hasard et s’expliquent notamment par les quatre raisons suivantes.
Car bien malin, celui qui peut prédire ce qui se passera après cette date. Marine Le Pen, condamnée à deux reprises par la justice française pour détournement de fonds publics, n’est pas encore assurée de sa victoire. Elle peut perdre, sachant qu’une majorité de Français pourrait se décider au dernier moment contre elle. Mais, rien n’est moins sûr. Et si elle devait franchir en vainqueur le perron de l’Élysée, l’amplitude de ce séisme politique dépassera de loin le seuil de l’acceptable. Notamment en Europe et au sein de l’Union européenne qui ne saurait supporter à moyen terme la présence française d’une ennemie de l’intérieur. Pour l’instant, Marine Le Pen se garde néanmoins de dévoiler son jeu et n’a pas encore présenté ses propositions en la matière. N’évoquant qu’une baisse de la contribution française à l’UE, elle fait là semblant de trouver quelques économies pour combler la profondeur du déficit de son pays. Mais, cela n’est qu’un piège grossier dans lequel des millions de Français sont pourtant prêts à tomber. Car, à y regarder de plus près, il ne s’agit là que d’un frexit déguisé et distillé à petites doses chirurgicales aux conséquences des plus imprévisibles et dangereuses pour la préservation et le rayonnement de la démocratie européenne.
Kurz und kräftig. Die wöchentliche Dosis Aussenpolitik von foraus, der SGA und Caritas. Heute im Fokus: Dänemark – wo Sozialdemokraten die härteste Migrationspolitik Europas machen. Nr. 502 | 19.05.2026
Der Überblick zur schweizerischen Aussenpolitik entlang ihrer zentralen Gebiete. Online nachgeführt und aufdatiert. Neue Beiträge von Joëlle Kuntz (La neutralité, le monument aux Suisses jamais morts) und Markus Mugglin (Schweiz – Europäische Union: Eine Chronologie der Verhandlungen) sowie von Martin Dahinden und Peter Hug (Sicherheitspolitik der Schweiz neu denken - aber wie?). Zum Inhalt.
Das Verhältnis der Schweiz zur Europäischen Union ist der Fluchtpunkt der aussenpolitischen Auseinandersetzungen im Lande. Bis zur Abstimmung über die neuen Verträge (“Bilaterale III”) präsentieren wir unsere Beiträge, die offiziellen Texte, ausgewählte Positionsbezüge von Parteien und anderen Akteuren sowie eine Chronologie gebündelt auf einer Seite (hier klicken).