Kolumne

Les Suisses n’ ont rien à dire

Voilà un article qui ne concerne ni la Suisse, ni les Suisses. Et pour cause ceux-ci n’ont rien à dire ou, pour l’exprimer plus clairement, ils ne le peuvent pas. Même s’ils le voulaient, ils n’en auraient pas le droit. De quoi s’agit-il au juste ? En fait, de rien de moins que de l’avenir de l’Union européenne. Mais, quand on n’en est pas membre, on est obligé de se taire, car on ne peut pas faire autrement.

Toutefois, il y en a quelques-uns qui essaient de le faire. Et non des moindres ou, si l’on préfère, il en va de quelques ayatollahs de la phraséologie anti-européenne. Soit ceux qui ouvertement n’espèrent qu’une seule chose, à savoir la disparition de l’UE. Et, ils ne sont pas seuls au monde à la vouloir, aidés en cela par tous les ennemis de l’Europe. Présents dans nos villes et plus encore dans nos campagnes, ils se joignent à toutes celles et ceux qui ne rêvent que de la fin du modèle européen. Gavés à l’extrême de nourritures nationalistes savamment distillées, ils reproduisent une pensée que plus d’un d’entre nous qualifieraient bien volontiers d’idéologie dominante.

Car, qu’on l’admette ou pas, il n’y pas plus idéologique que le bashing anti-UE. Nourri tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières des vingt-sept, il bénéficie de nombreux relais qui ne cessent de progresser à travers le monde. Ainsi, la construction européenne est aujourd’hui confrontée à des tirs nourris dont le seul objet est de lui faire boire le calice jusqu’à la lie. Issus de la Russie et de ses acolytes de même que de ce gloubi-boulga politique, élégamment dénommé « Sud Global », ils proviennent également de l’administration étasunienne. Par sa stratégie de sécurité nationale, celle-ci s’en prend désormais à la menace civilisationnelle qui pèserait sur le vieux continent. Reprenant presque mot pour mot le jargon de l’extrême droite, les USA ne cachent pas leur intention de détricoter la démocratie européenne qu’ils avaient pourtant installée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. À leurs yeux, l’intégration européenne a dorénavant fait son temps, raison de plus pour s’en débarrasser à la sauce trumpiste.

Néanmoins, certains dirigeants bruxellois font mine de ne pas le comprendre. La Cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, n’hésite pas à qualifier les États-Unis de plus grand allié de l’UE, alors que le Secrétaire Général de l’OTAN Mark Rutte, serviteur zélé de la Maison Blanche, rejette tout pilier européen de l’alliance atlantique et a fortiori toute idée de défense européenne. Ne sachant plus sur quel pied danser, l’UE piétine et se rend coupable d’une singulière passivité dont elle aura, tôt ou tard, à payer le prix. À l’exemple de l’attitude brouillonne que la présidente de la Commission européenne a adoptée lors du sommet des chefs d’État et de gouvernement des 17 au 19 décembre 2025 à Bruxelles, elle n’a pas pris la mesure du danger qui la guette. Pire encore, elle fait marche arrière, remet en cause son Green Deal, voire se réfugie derrière certaines mesures législatives rétrogrades, plus connues sous le nom « d’Omnibus ». Par ailleurs, que ce soit sur le compromis trouvé in extremis pour financer l’effort de guerre ukrainien ou sur le report de la signature du traité avec le Mercosur, Ursula von der Leyen a montré ses limites. Plus soucieuse de nommer ses amis, notamment allemands, à plusieurs postes clés de l’administration communautaire, que d’affirmer le rôle de global player qui devrait revenir à l’UE, elle se morfond dans un discours de plus en plus inaudible par les Européens de cœur et de raison. N’ayant plus que leurs yeux pour pleurer, ceux-ci se raccrochent aux branches du Plan Draghi, seule réelle lueur d’espoir pour restituer ses lettres de noblesse à la construction européenne.

Quant aux Suisses, pendant ce temps-là, ils se chamaillent. Non sur la place que leur pays pourrait occuper su sein du concert des nations, mais sur les compétences que les Bilatérales III comptent accorder au « Tribunal arbitral ». Voilà qui ne manquera pas d’intéresser, pour leur plus grand bonheur, les exégètes de la sempiternelle querelle entre la Commission européenne et la Confédération helvétique. Mais, voilà aussi, un sujet de second ordre qui ne fera pas avancer d’un pouce la construction européenne. Personne n’en sera surpris, car se refermant volontairement dans leur mentalité du réduit, les Suisses n’ont, comme évoqué précédemment, vraiment rien à dire en Europe.

#Europe

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