Editorial

La Genève internationale face aux évolutions

Depuis plusieurs années, le multilatéralisme mis en place depuis bientôt un siècle connaît des attaques directes et une profonde remise en cause, qu’elle soit de fond sur les objectifs à adopter face au développement, ces dernières années, des multipolarismes ; qu’elle soit aussi sur la forme avec notamment la baisse drastique des soutiens financiers des USA et de nombreux autres pays. La Suisse et Genève s’engagent fortement pour aider la Genève internationale à pouvoir continuer à assurer sa mission indispensable à la paix dans le monde et à demeurer cet avantage stratégique majeur pour la Suisse.

 Le Parlement suisse a adopté lors de la session de décembre 2025 la stratégie de soutien de la Suisse aux organisations internationales qui ont leur siège en Suisse, principalement au sein de la Genève internationale. A la suite des soutiens accrus accordés par Genève, par cette décision, la proposition du Conseil fédéral d’allouer plus de moyens financiers a été acceptées. C’est une bonne chose ! tout spécialement dans le contexte actuel qui voit les instances internationales du multilatéralisme être directement attaquées : tant sur le fond par la remise en cause de ses objectifs de paix par le règlement ordonné des différends, que sur la forme par la diminution importante des soutiens financiers des USA et de plusieurs autres Etats.

Le problème est que ces remises en cause ne visent pas à la réforme de structures – qui comme toute structure doit revoir régulièrement son organisation et ses modes de faire pour répondre de manière adéquate à l’évolution des besoins – mais elles visent bien à changer le système et à diminuer la mission de ces instances au profit de nouvelles formes de relations basées sur les multipolarismes et de règlements non plus basé sur le droit international et le droit humanitaire, mais sur la « loi du plus fort » !

Qu’est que la « Genève internationale » ?

Rappelons-ici que le terme de « Genève internationale » fait référence à l’ensemble d’organisations internationales, missions permanentes et ONG présentes sur le territoire genevois et de quelques autres cantons. Ces organisations représentent un pôle de compétence reconnu dans de nombreux domaines tels que le droit humanitaire, la paix et le désarmement, mais aussi le travail et le commerce, la santé, la recherche scientifique, et également le développement durable.

A la suite de la création du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en 1863, le rôle international de Genève et de la Suisse s’affirme en 1920 lorsque la Société des Nations s’y installe. Après la Seconde guerre mondiale, Genève devient le siège européen de l’ONU, alors qu’entretemps, le Bureau international du travail (BIT) y a été créé. Aujourd’hui ce sont environ 40 organisations internationales, plus de 180 représentations diplomatiques et plus de 400 ONG qui y sont actives, avec près de 30’000 personnes qui y travaillent et plus de 2000 conférences et réunions internationales qui s’y tiennent chaque année avec notamment plus de 5’000 visites officielles !

Un avantage stratégique majeur pour la Suisse

Ces chiffres témoignent à eux seuls de l’importance mondiale de la Genève internationale. Le monde vient à Genève, y siège, y travaille, y œuvre pour un monde meilleur basé sur des valeurs fondamentales partagées par la Suisse. Cette réalité offre à la Suisse un rôle et une mission tout-à-fait particuliers et liés également à la neutralité et aux bons offices suisses.

Ainsi, pour notre pays, investir dans et pour la Genève internationale est indispensable ! En effet, cela renforce l’utilité de la Suisse et sa reconnaissance internationale. Cela facilite également les rencontres et négociations diplomatiques au plus haut niveau entre la Suisse et les dirigeants du monde entier, afin d’agir en faveur de notre pays, de ses citoyens, de son économie, de sa sécurité sur le plan mondial. La Genève internationale représente ainsi un avantage stratégique majeur.

Le Conseil fédéral le détaille dans son message précité sur les mesures à mettre en œuvre pour renforcer le rôle de la Suisse comme Etat hôte pour la période 2026-2029 : « La politique d’État hôte participe à la défense des intérêts de la Suisse. Elle contribue à la mise en place d’un multilatéralisme ciblé, cohérent, efficace et efficient, répondant au principe de subsidiarité et orienté vers l’avenir. Avec son économie de taille moyenne et fortement mondialisée, la Suisse agit en faveur d’un système multilatéral efficace et d’un ordre fondé sur le droit international. La présence d’acteurs internationaux a également des répercussions économiques considérables sur les régions et les villes concernées ainsi que sur l’ensemble du pays. »

Les dépenses du secteur international public en Suisse ont été en effet estimées en 2023 à environ 4 milliards de francs par an. La Genève internationale contribuait ainsi, selon l’enquête annuelle 2023 de l’Office cantonal de la statistique du Canton de Genève, à 11,4 % du produit intérieur brut (PIB) du canton et à environ à 1 % du PIB suisse.

Un engagement important

La Suisse entend poursuivre son engagement important de ces dernières années tout en l’adaptant au contexte d’incertitude actuel, renforcé par une dynamique concurrentielle de certains autres pays qui souhaiteraient bénéficier de l’avantage stratégique diplomatique et économique mentionné en accueillant sur leur sol une ou plusieurs instances et ONG.

Dans ce contexte, le Conseil fédéral et le Parlement suisse ont défini trois objectifs généraux : pérenniser la présence des acteurs internationaux pertinents afin de maintenir la cohésion de l’écosystème, favoriser l’arrivée de nouveaux acteurs clés sur le plan de la gouvernance mondiale pour répondre aux défis futurs, notamment dans les domaines du numérique et de la diplomatie scientifique anticipatoire, enfin adapter les conditions-cadres, en particulier l’infrastructure en poursuivant la politique d’octroi de prêts pour la rénovation des bâtiments et en proposant, vu la situation, la suspension du remboursement de prêts actuels pour aider les organisations concernées dans la gestion de leurs liquidités.

Pour le monde et pour la Suisse, pour toutes les raisons évoquées, il est donc important que la Genève internationale puisse poursuivre sa mission et ses actions, comme viennent de le décider utilement le Conseil fédéral et le Parlement.

 

 

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